La Chapelle Sainte-Agathe est classée Monument Historique.Ses murs ne sont pas homogènes. Ils ont subi de nombreuses reprises et réfections. L'objectif de "l'archéologie du bâti" est justement de restituer l'histoire d'un bâtiment à partir de l'étude minutieuse de ses murs. La chapelle est le résultat de la succession, depuis l'époque romaine, de trois bâtiments principaux aux formes et aux fonctions différentes. Les maçonneries les plus anciennes sont typiques des procédés en usage au IIe siècle ap. J.-C., à l'époque gallo-romaine.

Ces murs en "opus mixtum" sont composés de petits moellons cubiques en grès rouge, séparés par des joints de mortier étroits et décorés d'une ligne en creux. De distance en distance des cordons de tuiles plates viennent donner de la cohésion à l'ensemble. Seules sont conservées du bâtiment romain la nef rectangulaire jusqu'au dernier cordon de tuiles et l'abside voûtée en cul-de-four qui est distribuée à l'intérieur par une superbe arcade en brique.



La peinture romaine

La peinture, conservée dans le cul-de-four de l'abside, date de la charnière des IIe-IIIe siècles (entre 180 et 230 ap. J.-C.).

La peinture de Langon, est l'une des seules restées à sa place d'origine en France, ce qui en fait un témoin exceptionnel du décor peint romain… elle est bien conservée pour ses 1800 printemps...
Elle fut découverte en 1839, sous deux autres couches picturales. Elle représente, dans une synthèse habile et originale, deux thématiques de l'iconographie de Vénus. D'une part "Vénus à la toilette" (elle remonte de son bras gauche ses cheveux mouillés derrière sa tête) et d'autre part, la "Naissance de Vénus".



La déesse est accompagnée d'un petit amour qui chevauche un dauphin. La scène est placée dans un décor "encyclopédique" de poissons et de coquillages, le tout sur un fond bleu-noir. Les pigments utilisés (en particulier le bleu égyptien) coûtaient très cher à l'époque romaine ; c'est donc un riche notable qui a fait réaliser ce décor.


Une salle de bain richement décorée. Quelle était la fonction du bâtiment à l'époque gallo-romaine ?

De nombreuses hypothèses ont été émises à ce sujet depuis 1830.
Les premiers antiquaires y virent un temple de Vénus, d'autres archéologues pensèrent à un mausolée funéraire (c'est-à-dire un tombeau couplé à un petit temple dédié à la mémoire du défunt). Ces deux hypothèses butent contre des incohérences architecturales insurmontables et ne supportent pas l'examen archéologique minutieux des murs gallo-romains.

Les recherches récentes confirment une troisième hypothèse, celle qui voit dans les élévations romaines, les vestiges de thermes privés. En effet la peinture de Langon est ornementale et correspond à l'un des thèmes de prédilection des romains pour le décor de leur salle de bain.
De cet ensemble thermal plus vaste à l'origine, nous ne pouvons restituer que trois pièces, une partie du système de voûtement, un axe de circulation. En revanche il est sûr que l'abside correspondait à la piscine froide (ou frigidarium). Ces thermes appartenaient à une grande villa, maison d'habitation d'un riche propriétaire foncier.


L'église Saint-Vénus
Cette villa est abandonnée à la fin du IVe siècle.



Quand les premiers chrétiens arrivent à Langon, ils trouvent dans ces ruines le plan idéal pour une petite église, avec son abside tournée vers l'est. Ils modifient alors profondément le bâtiment, surélèvent les murs en imitant l'appareil romain, y percent des fenêtres, détruisent la partie centrale pour y placer un petit clocher de 8 ou 9 m. Ils cachent la peinture romaine par une représentation au trait rouge du père éternel. Cette nouvelle peinture est elle aussi très importante ; datée du VIe ou VIIe siècle, c'est un des plus anciens témoignages de l'iconographie chrétienne en Bretagne. Nous connaissons, grâce au cartulaire de l'abbaye Saint-Sauveur de Redon, le nom de cette petite église : ecclesia Sancti Veneris ou église Saint-Vénus. Nous avons donc à Langon un exemple exceptionnel d'assimilation du nom de la déesse païenne par la nouvelle religion chrétienne, sans doute dans le but d'une conversion en douceur des populations locales


Photo > Relevé de la Chapelle par LANGLOIS (1840)


Un cimetière, son église et sa chapelle funéraire. La place actuelle a remplacé l'ancien cimetière dans lequel
se trouvait la chapelle et l'église.

Il a été translaté à l'extérieur du bourg afin de créer une place de marché, pour des raisons d'hygiène et parce que la mort, à cette époque, commence à devenir, un tabou. Ce cimetière existait depuis l'époque mérovingienne.
Cette vaste nécropole est contemporaine de l'église Saint-Vénus (mais on ne sait pas si le cimetière précède ou non la transformation du bâtiment romain). De nombreux sarcophages ont été trouvés sous le bourg (certains sont exposés dans la chapelle). La petite sculpture, placée au dessus de la porte d'entrée de la chapelle, est sans doute une stèle funéraire provenant de ce premier cimetière.

Au Moyen-Age le cimetière s'agrandit encore mais son centre devient la première église paroissiale Saints-Pierre-et-Paul, sans doute construite au milieu du IXe siècle. La petite église Saint-Vénus est alors convertie en chapelle funéraire, rôle qui sera le sien jusqu'au XVIIIe siècle. On arase les murs de la nef, on remplace le clocher central par les murs actuels, on. perce une porte en plein centre au sud. La chapelle prend alors les dimensions que nous connaissons aujourd'hui.
Quand les moines de Redon reconstruisent l'église paroissiale, au début du XIe siècle, ils plaquent le petit porche triangulaire en grès brun qui encadre maintenant la porte. Cela correspond à la volonté d'utiliser, de part et d'autre du cimetière, un même style architectural, les mêmes matériaux de construction, sans doute dans un souci esthétique. On sait qu'au XVIIe siècle encore, les enfants étaient enterrés autour de la chapelle qui s'appelait encore Saint-Vénier.

Le nom de Sainte-Agathe n'apparaît qu'au début du XVIIIe siècle, où elle ne sert déjà plus que d'ossuaire ; elle est assez vite désaffectée. Pendant la Révolution Française, elle est convertie d'abord en "Temple de la Raison", puis en salpêtrerie. Elle connaît ensuite de nombreuses vicissitudes, jusqu'à son classement sur la première liste des Monuments Historiques, en 1840.

Une vieille dame qu'il faut respecter

La transformation des thermes en église, les différentes modifications qu'elle a subies au Moyen-Age, ont permis à la chapelle Sainte-Agathe de traverser les épreuves du temps... dix-huit siècles... et de nous offrir ce trésor unique qu'est la peinture de Vénus.
Mais la chapelle est fragile. La conservation de ce patrimoine impose des conditions de température et d'hygrométrie incompatibles avec une ouverture constante de l'édifice. Nous vous invitons donc à venir découvrir, dans le cadre de visites guidées ce témoin exceptionnel du patrimoine gallo-romain et chrétien primitif de Bretagne.

Les murs ont une mémoire...
Approchez-vous, prêtez l'oreille...
Ils vous raconteront sûrement leur histoire !


Visites uniquement sur rendez-vous. Renseignements en Mairie : 02.99.08.76.55




Accueil |Vie Municipale |Vie Associative | Vie Economique | Tourisme et loisirs | Liens | Contact |

Mairie de Langon BP1 35660 Langon - Tél.02 99 08 76 55 ou 02 99 08 74 24
© Mairie de Langon > mercredi 08 septembre 2010 > mairie@ville-langon.fr